François KINGET.- Merci, Madame le Maire.

Vous dites que c’est un rapport sur l’association, pas sur la Ville de Lille, mais pouvons-nous vraiment différencier les deux ?

Sur ces bancs, il y a maintenant quelques années, un de nos anciens collègues vous indiquait : « Plus j’observe les choses d’année en année, plus je les comprends et, plus je les comprends, plus je les critique ». C’était Christian DECOCQ.

J’ai pris le relais ici en portant la voix sur Lille 3000 et, enfin ! un rapport de la Chambre régionale des comptes sur l’association Lille 3000.

Je dis « enfin » parce que, jusque-là, on avait très peu de pièces pour vous mettre en garde, pour demander une réorientation des financements. Avec ce rapport, on peut avoir des éléments concrets.

Que dit ce rapport ?

« Une situation financière satisfaisante ». Oui mais, on peut y voir aussi « pas d’irrégularités », « satisfaisante », « pas de problèmes majeurs », « convenable ».

Et, d’un autre côté, on a ce verre à moitié plein ou à moitié vide où on demande de clarifier, de mieux encadrer, « dépendante », « pas conforme », « améliorer », « sécuriser », « ne respecte pas », « être tenu informé », « pas de pilotage », « peu formalisé », « donnée contradictoire », « impact limité », « pas à la hauteur », « contrasté ».

Tous ces qualificatifs sont quand même assez inquiétants, là où il n’y a pas d’irrégularité, c’est de voir les nombreuses libertés que l’association prend avec la règle de droit, sur la gouvernance, sur l’organisation interne, sur la sincérité des budgets prévisionnels présentés et notamment ici à la Ville – ces budgets un peu flous où on doit s’y reprendre à deux fois pour aller voir chaque ligne budgétaire –, la rigueur de la gestion salariale, l’occupation des sites par Lille 3000, le droit de la concurrence, l’évaluation de son action, l’absence de rendre des comptes auprès des administrateurs.

Trop souvent dans ce document, on retrouve une mention « règle statutaire non respectée », « manquement aux parutions légales », « déplacement de trésorerie » hasardeux ou pas, difficile d’en juger, c’est propre à l’association et comme pour beaucoup d’associations, mais sur de la trésorerie financée par des fonds publics et placée sur des fonds mobiliers dont on ne sait pas s’ils sont à risque ou pas.

Surtout, il y a cette absence de respect de la charte de 1998, discutée par Catherine TRAUTMANN à l’époque pour décentraliser la culture sur les territoires. Elle n’est pas du tout respectée quant à la rémunération de l’ancien directeur général et encore actuel conseiller de la structure.

Cette charte, qui date de plus de 20 ans, indique le statut et la rémunération des dirigeants des entreprises : une charge à plein-temps, des cumuls d’emplois et de rémunérations sont donc exceptionnels. La rémunération au titre de l’activité au sein de l’entreprise artistique et culturelle prend normalement la forme d’un seul salaire rémunérant l’ensemble des responsabilités assumées. Le niveau de la rémunération fixée par le contrat peut être soumis à un comité réunissant les représentants de l’Etat et les principales collectivités qui financent. Un plafond de rémunération pourra être fixé par le ministère chargé de la culture.

On sait que, par rapport à tout cela, il y a de toute façon une jurisprudence FUSILLIER qui ne respecte rien de cette charte. Finalement, on peut s’asseoir sur une charte, on peut s’asseoir sur la morale. Tout au long de ce rapport riche d’enseignements, où est passée la morale dans tout cela, puisque l’éthique n’est pas la panacée de l’association telle qu’on peut le découvrir ?

Comment avez-vous accepté et cautionné cela, Madame le Maire ? Comment les acteurs de la culture et les contribuables peuvent-ils accepter qu’un directeur général d’association puisse être rémunéré plus que le Président de la République ?

La période que l’on vit actuellement sur le discrédit des politiques, avec ces manifestations violentes de Gilets jaunes, c’est aussi à se poser des questions quand on accepte l’inacceptable. Ce n’est plus Lille 3000, c’est Lille 20000.

Jamais on n’a fait de sortie là-dessus, on considérait que c’était glisser vers un populisme. Mais, maintenant, c’est dans ce document et il faut prendre des mesures – j’y viendrai.

Effectivement, bien souvent, on est intervenu au Conseil. Je vais rappeler quelque chose d’assez émouvant puisque cela touche notre cher Loïc LESERRE alors qu’on fêtera cette année les 10 ans de sa disparition. Ce dernier disait en 2006 : « Lille 3000 est une véritable météorite culturelle. Cela nous tombe dessus sans que personne ne puisse agir ».

Mais quel est le projet culturel le plus porteur pour Lille ? Voilà la question la plus urgente à régler.

Loïc était assez visionnaire.

Et Christian DECOCQ de reprendre jusqu’en 2010 ce qu’était Lille 3000, le concept, le projet, les moyens alloués, et de vous alerter sur la gestion de fait et le risque d’association transparente.

Vous aviez suivi ces préconisations puisque, cette année-là, vous aviez démissionné de la Présidence de l’association Lille 3000.

Jusque-là, on avait un regard interrogateur, mais bienveillant en votant ou s’abstenant sur Lille 3000, malgré les critiques que l’on émettait et les réponses que l’on avait : on ne connaît rien à la ville, à la culture, même avant les candidats de l’anti-Lille. Quant à moi, je n’aimais pas la fête, la culture, je n’aimais pas la culture. J’ai pu vous démontrer l’inverse depuis mon acharnement sur ce dossier et sur d’autres – enfin, je l’espère.

Puis, en 2012, le même Christian DECOCQ, chef de l’opposition, était monté au créneau sur la mise à disposition de la gare Saint-Sauveur, contestant juridiquement l’absence de mise en concurrence. Il vous disait – c’est important ces PV d’où on sort une mine d’informations, je le cite – : « Je prends date simplement par rapport à ce que la Chambre des comptes écrira un jour ». Elle l’écrit, Madame le Maire, elle écrit sur cette absence de mise en compétition sur l’animation de ce site.

Je ne critique pas la dimension culturelle, je n’ai pas à en juger. Qui serais-je pour dire si c’est bien ou mauvais ? Il vous disait que Lille 3000 était une association délégataire de l’action municipale, il vous disait même « vous avez inventé la régie déléguée ou une délégation contrôlée ». Je m’en souviens très bien, cela m’avait fait sourire, mais la formule était assez bonne.

Puis, j’ai repris le flambeau, en recevant les mêmes critiques : « Vous ne connaissez pas vos dossiers ». On en a l’habitude sur les rangs de l’opposition, c’est une rengaine. J’ai rappelé l’hégémonie de la structure, l’absence de clarté sur la gouvernance, la mise en concurrence, le choix des associations…

Mme LE MAIRE.- Vous avez dépassé votre temps.

François KINGET.- Madame le Maire, c’est un sujet important qu’on passe en fin de conseil. Dans d’autres structures, c’est passé en début.

Mme LE MAIRE.- Excusez-moi, mais on est dans l’ordre…

François KINGET.- J’en ai presque terminé, j’arrive aux propositions.

Mme LE MAIRE.- Concluez.

François KINGET.- Il est important de s’orienter vers une économie culturelle collaborative, durable, un monde plus durable, plus juste, Eldorado. Vivement cet Eldorado, mais pas celui qui est décrit dans ce rapport.

On fait des propositions claires, d’abord orientées vers le Conseil d’administration qui a à prendre ses responsabilités en demandant la démission de son conseiller artistique expert, vu d’ailleurs comme le fils prodigue qui pourrait revenir quand il veut dans la structure eu égard à son contrat de travail et à la place qu’on lui laisse.

Surtout, Madame le Maire, et c’est de notre responsabilité envers nos électeurs, envers les contribuables lillois et, demain, métropolitains puisque nous en débattrons également à la Métropole, c’est la suspension et le gel des subventions restant à percevoir par la structure – c’est tout à fait possible puisqu’on verse les subventions aux associations en plusieurs tranches – sous conditionnement de l’attente de réponses claires et précises à ce rapport et d’un changement radical dans les méthodes par rapport à la morale publique.

Enfin, et c’est à plus long terme, une étude approfondie, indépendante, sur le ruissellement culturel – terme utilisé par votre adjointe à la culture – et sur les retombées économiques – on m’a parlé de 20 000 € pour une étude, qu’est-ce ? – pour comparer depuis 2004 l’évolution de Lille par rapport aux autres capitales européennes, mais surtout en cette année de saison Lille 3000 pour voir ce dossier autrement que par l’angle médiatique – malheureusement, il tombe à un mois à peine de l’ouverture d’une nouvelle saison – pour qu’enfin on sache à qui profite le rayonnement de ces saisons : à Lille, à la MEL, à Lille 3000, à son ancien directeur général ou même à vous, Madame le Maire ? Nous ne sommes pas dupes d’une saison Eldorado décalée d’un an de 2018 à 2019 et à quelques mois d’élections municipales plus qu’ouvertes.

Je vous remercie.

 

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