Isabelle MAHIEU.- Madame le Maire, mes chers collègues,

Analyser le compte administratif 2018, c’est savoir si ce que vous aviez prévu au budget primitif 2018 s’est réalisé. Le budget, c’est une déclaration politique. Le compte administratif, c’est seulement, si j’ose dire, le compte rendu exact et comptable de la réalité financière.

Le groupe Un Autre Lille reconnaît que la situation financière de la Ville s’est consolidée depuis 2014 ; peut-être parce que vous prenez en compte nos remarques depuis le début du mandat et peut-être l’influence du groupe Un Autre Lille serait-elle donc grandissante au sein de ce Conseil municipal. Mais, soyons modestes… La réalité est plus banale. Les recommandations de la Chambre régionale des comptes ont probablement plus d’effets que nous.

La réalité est aussi plus brutale puisque c’est au prix de la vente d’une partie de notre patrimoine immobilier.

Les recettes de fonctionnement augmentent de 2,89 %, alors qu’elles étaient prévues à 0,8 % au BP. C’est en raison, vous l’avez dit, de l’augmentation des produits des services et des Domaines, mais surtout en raison d’une hausse des dotations ; d’abord de l’État, car elles sont favorables à la situation de la ville de Lille qui est une ville pauvre, mais surtout de la dotation de solidarité urbaine qui progresse chaque année et qui augmente même de 5,06 % en 2018.

Si cela est positif pour les comptes de notre Ville, cela ne nous réjouit pas forcément, car cela signifie malheureusement que, d’année en année, notre Ville est incapable de faire sortir sa population de la pauvreté.

Garder ses pauvres dans la ville, comme vous le dites souvent, Madame le Maire, c’est louable, mais ce n’est pas suffisant.

L’objectif que nous devons atteindre tous collectivement et pour lequel nous devons nous battre, c’est d’améliorer suffisamment le sort des Lillois pour que leur situation devienne meilleure.

Concernant la fiscalité, elle s’est stabilisée, mais après une forte hausse : 25 % tout de même en 2015 pour la taxe foncière, les Lillois ne sont pas prêts de l’oublier. Elle reste malheureusement erratique, ce qui fait qu’elle est toujours difficilement comprise et donc souvent mal acceptée par les habitants.

Si on sait que la taxe d’habitation devrait disparaître dans un temps plus ou moins rapproché, notre groupe, par la voix de Jean-René LECERF, plaide régulièrement pour une baisse du foncier bâti qui reviendrait par exemple sur la moitié de l’envolée fiscale du début du mandat. Nous regrettons toujours que vous n’ayez pas choisi de l’appliquer, comme l’a fait le Département.

Quant aux dépenses d’équipement, elles étaient prévues au budget primitif à 71 M€ et ne se montent plus qu’à 62 M€ au compte administratif. 9 M€ de crédits n’ont pas été consommés.

Nous observons malheureusement que la baisse s’est surtout appliquée au chapitre patrimoine : 20 M€ réalisés contre 25 prévus, soit plus de la moitié de la baisse de ces dépenses, ce qui représente surtout 20 % en moins sur le chapitre patrimoine. Cela fait une différence, surtout quand on voit l’état dégradé de ce patrimoine, probablement d’ailleurs en raison de votre gestion au coup par coup, trop souvent dans l’urgence.

Je pense par exemple :

  • au clocher de l’église Saint-André, église classée, qui a eu droit, certes, à une très belle restauration, mais surtout parce qu’une partie du fronton s’effritait ;
  • ou à la Noble Tour qui sera également réparée, mais parce qu’une partie s’est écroulée ;
  • ou encore à la bibliothèque Jean Lévy qui est dans un état immobilier préoccupant.

Je m’arrête là car on pourrait encore en citer d’autres que nous repérons régulièrement dans la ville.

Il n’est malheureusement plus temps de vous demander d’avoir un message clair sur la politique patrimoniale de la ville à long terme. La prochaine campagne électorale nous donnera à tous l’occasion d’en débattre.

Les dépenses de fonctionnement sont quasiment stables, mais, comme chaque année, nous vous demandons la plus grande vigilance sur les dépenses de personnel.

Je voudrais à cet instant remercier Dominique PICAULT pour la transparence dont elle fait preuve, notamment en apportant des réponses précises à mes nombreuses interrogations, transparence initiée – je veux le rappeler ici – par Pierre de SAINTIGNON.

Merci également aux services, spécialement à Anne-Valérie CHIRIS-FABRE et Daniela BOIZART, qui ont fait preuve d’une patience infinie à mon égard. En effet, concernant les effectifs, il est difficile, juste en étudiant les documents, d’en avoir une idée précise sans explication.

Si la baisse des dépenses de personnels est de 1,10 %, elle n’est pas en adéquation avec la baisse des effectifs si on se réfère aux chiffres des effectifs permanents en postes rémunérés indiqués dans la délibération : 12 postes en moins pour atteindre 4 256 en 2018.

Si on prend les effectifs budgétaires correspondant aux postes permanents et donc occupés par des titulaires et des non-titulaires, ils ne baissent que de 7 postes à 4 509,22, ce qui n’est absolument pas cohérent avec la baisse des dépenses de 2 M€ et ce qui m’avait évidemment interpellée.

Il serait donc probablement intéressant d’indiquer dans la délibération les effectifs permanents en ETP, que vous m’avez fournis : 3 931,08, avec une baisse de 50,8 postes. Là, on retrouve le chiffre de 2 M€ en moins.

Comme nous le faisons chaque année, nous relevons que le temps de travail à la Ville de Lille est toujours inférieur au plafond légal de 1 607 heures, ce qui représente un coût supplémentaire pour la collectivité estimé à plus de 2 M€.

Avec les chiffres précédents, on peut calculer tout de suite l’impact prévisible sur les effectifs si les 35 heures étaient appliquées à la Ville de Lille.

Je ne reviens pas sur la dette qui s’est stabilisée grâce aux recettes exceptionnelles.

En cette fin de mandat, il aurait été intéressant de faire des comparaisons avec le compte administratif du début de mandat, mais des changements d’imputation sont intervenus dans la réglementation, un peu comme si on ne rangeait pas les dossiers sur les mêmes étagères d’une année sur l’autre.

Prenons par exemple les subventions aux associations, elles baissent en 2018 alors que c’est uniquement dû au changement de ligne de la contribution de la Ville aux écoles privées. Il aurait donc fallu retraiter une partie des données et je ne m’y suis pas risquée, d’autant que les changements devraient continuer jusqu’à l’aboutissement de la M57 aussi redoutée que souhaitée.

D’autres chiffres sont également en trompe-l’œil, comme les dotations aux administrations communales qui augmentent de 4,94 %, alors que c’est uniquement en raison de la subvention au CCAS de Lomme.

La vigilance s’impose d’ailleurs sur ce dernier point, car cette situation ne pourra pas durer. Même si nous savons que des recherches de solution sont en cours, ce point nous préoccupe vraiment.

Sur ce chapitre des dotations aux administrations communales, rien n’a vraiment changé, donc pas de meilleure mutualisation, ce que nous regrettons car cela permettrait des économies sans nuire à la qualité des services à la population et, avec l’argent économisé, on pourrait faire autre chose.

Un autre chiffre qui ne reflète pas la réalité, c’est l’épargne brute qui baisse sur le papier, alors que ce sont les décalages avec les cessions exceptionnelles de 2017 qui impactent ce chiffre. Là aussi, vous l’expliquez très bien, ainsi que le fait qu’elles améliorent la capacité de désendettement que vous annonciez de 8,1 années au BP 2018 et qui est ici de 6,4 années.

Madame le Maire, vous l’avez compris, si nous avons noté des améliorations, trois sujets principaux continuent de nous préoccuper : la gestion du patrimoine immobilier, la gestion des dépenses de personnel et notamment l’application stricte des 35 heures, et la mutualisation que nous jugeons vraiment toujours insuffisante.

Madame le Maire, nous nous abstiendrons sur ce compte administratif parce que, si nous avons voté contre le budget, nous estimons que les comptes ont été établis correctement.

Quant au budget supplémentaire, très logiquement, n’ayant pas voté le budget primitif, nous ne pouvons que voter contre le budget supplémentaire.

Nous n’adopterons pas non plus la décision modificative.

Je vous remercie.

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