François KINGET.- Madame le Maire,

Le groupe Un Autre Lille aurait très bien pu rédiger cette motion. En attestent les interventions régulières sur ce sujet des leaders successifs de votre opposition municipale et de moi-même plus largement depuis 2014 sur les questions de sécurité publique.

En revanche, ce qui est cocasse dans cette motion, que par le biais du groupe socialiste vous portez, Madame le Maire, c’est que, depuis votre installation dans le siège majoral en 2001, vous avez toujours fait fi de vos pouvoirs de police du maire accordés par les successives lois LOPPSI, tant sur le registre préventif que sur le registre répressif.

J’ai lu attentivement la lettre que, avec vos collègues maires, vous avez adressée aux ministres de la Justice et de l’Intérieur. Il est assez surprenant d’y lire, venant de vous et de la politique en matière de sécurité que vous menez à Lille, que « chacun d’entre nous a, sur ce mandat, pris ses responsabilités et renforcé les moyens municipaux pour répondre aux attentes légitimes des habitants en matière de sécurité et de tranquillité publique ».

Je vous avoue que j’ai failli m’étouffer, surtout quand on connaît votre opposition à une police municipale armée ou bien encore à la vidéosurveillance urbaine.

C’est bien là votre grande différence avec la quasi-totalité des autres maires signataires de ce courrier.

Vous avez raison, le local ne peut se substituer exclusivement au national et à ses missions régaliennes sur la problématique que vous soulevez et que nous partageons, tant sur les trafics de stupéfiants qui pourrissent nos quartiers lillois et qui, d’ailleurs, anéantissent les politiques publiques qui peuvent y être menées, que sur la délinquance qui en découle et déstructure notre société. Mais vous avez tort, l’heure est à la coproduction en matière de sécurité et de prévention de la délinquance.

Or, comme vous refusez d’emblée de voir la doctrine d’emploi de vos policiers municipaux évoluer et encore moins les voir équiper comme il se doit face à une délinquance de plus en plus violente, force est de constater que, à Lille, la coproduction sécuritaire est nulle ; quand, en même temps, toutes les communes ou presque limitrophes de Lille sont équipées ou s’équipent en vidéosurveillance, faisant ainsi glisser d’autant plus facilement les trafics et la délinquance sur notre commune.

Excusez-moi donc de vous dire que cette motion est un énième coup de menton de votre part envers un Gouvernement que vous considérez comme hostile.

Pour en revenir au grave sujet qui nous intéresse et qui exclut toute polémique stérile, reconnaissez que lorsque, en 2017, le Préfet LALANDE a comparé Lille à Marseille – je le cite : « en matière de drogue, Lille c’est Marseille il y a cinq ans » –, peu d’entre vous ont abondé en ce sens et, pourtant, la situation était déjà très critique.

Pour rappel, dans le précédent schéma territorial de sécurité et de prévention de la délinquance – c’était en 2017 –, étaient identifiés une soixantaine de points de deal, ce qui correspondait à presque 1 M€ de chiffre quotidien.

Il y a effectivement la lutte visible, menée par les services de l’État avec le plan anti-drogue, associant police et justice, certainement perfectible et tellement en décalage devant la capacité de régénération d’un réseau lorsqu’un autre a été démantelé, mais il existe aussi cette lutte invisible, du ressort de votre compétence ou/et de celle de la Métropole. Il s’agit :

  • de l’aménagement urbain qui permet d’étudier bien en amont et d’éviter les zones de deal possible – malheureusement, pour contre-exemple, les riverains de la rue Jules Guesde à Wazemmes regrettent que le réaménagement de leur rue ait maintenu les potelets au bénéfice du repos des dealers qui se sont réapproprié le secteur – ;
  • également de la politique de peuplement dans le logement social qui, si elle est menée en lien avec les cellules de veille, permet de dédensifier et d’éloigner les fauteurs de troubles d’un immeuble, d’un secteur, d’un quartier ;
  • mais aussi de la politique de rénovation urbaine. Or, combien de temps a-t-il fallu attendre avant de voir disparaître la barre Marcel Bertrand à Moulins et tout le réseau de deal qui s’y était installé au détriment des résidents ? Et qu’adviendra-t-il du secteur des Aviateurs à court terme où la situation actuelle est à son paroxysme et les solutions proposées tellement éloignées du quotidien vécu par les habitants ?

Dans cette guerre, à défaut de faire appel à l’armée comme certains le font, c’est un combat de front qui doit être mené, associant politique locale et nationale, police municipale et nationale, action locale à court terme et plan national anti-drogue à plus long terme.

Le temps du laxisme et de l’excuse sociale, qui longtemps a nourri l’idéologie de certains, est révolu. Place à l’action et aux résultats, au risque de voir définitivement plusieurs générations abandonnées à ce business de l’argent facile.

Nous ne prendrons pas part au vote de cette motion, mais saluons, après votre virage écologique, un virage sécuritaire mais que nous regrettons tardif dans ce mandat.

Je vous remercie.

 

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