Michel Soussan

INTERVENTION DE MICHEL SOUSSAN

CONSEIL MUNICIPAL DU 31 MARS 2017

Avant d’entrer dans la présentation et l’explication de notre vœu, je souhaite faire deux observations préalables.

Je suis ici en tant que Conseiller Municipal, membre de l’Opposition républicaine. Toute référence à ma vie antérieure, notamment de DASEN, n’a donc plus lieu d’être dans cette enceinte.

De plus, je n’appartiens à aucun parti. Mon parti, ce sont les Lillois et j’interviens donc au nom du Groupe Un Autre Lille.

Deuxième observation. Si, au lancement de la réforme des rythmes scolaires et en particulier en 2013 de la réforme de la semaine scolaire, j’ai prôné les cours le samedi, parce que j’estimais à l’époque que la coupure du mercredi permettait de concilier à la fois l’intérêt de l’enfant, pour qu’il puisse reprendre son souffle ce jour-là, et l’intérêt économique des communes, j’ai depuis changé d’avis et, comme vous le savez, seuls les imbéciles ne changent pas d’avis.

J’ai changé d’avis car on m’a démontré que j’avais tort. Tous les témoignages, toutes les analyses, toutes les évaluations y compris celles du Ministère m’ont fait comprendre que l’inconvénient d’une coupure de 48 heures le week-end était largement compensé par l’avantage démontré d’une semaine de cinq matinées consécutives – comme d’ailleurs partout dans le monde et dans 98 % des communes de France – qui entretient et enrichit par sa régularité l’attention, l’intérêt et, au bout du bout, l’amélioration des résultats des élèves.

Madame le Maire, deux éminents professeurs, les professeurs TESTU et MONTAGNER, vous l’ont écrit pour soutenir l’action des parents d’élèves de Lille.

Venons-en maintenant à la présentation de notre vœu.

Vous avez devant vous pour le présenter un Conseiller Municipal déçu et un citoyen révolté par la méthode que vous avez mise en œuvre pour contrer le vœu majoritaire des conseils d’école de revenir aux cours le mercredi.

Comprenant que vous aviez perdu la partie dans le cadre du droit commun des deux décrets PEILLON et HAMON face aux conseils d’école, vous avez fait changer les règles de jeu en pleine partie !

En dépit de l’action courageuse, intelligente, combative du collectif lillois de parents d’élèves – et j’y reviendrai plus loin –, qui a convaincu la majorité des conseils d’école de Lille de la justesse et de la pertinence de ses propositions, vous avez fait prendre un décret par la Ministre pour obtenir la prolongation de l’exception lilloise !

Je comprends mieux maintenant les propos que me tenait récemment dans son bureau Gilles NOBLECOURT, le Directeur de cabinet de la Ministre, qui me disait textuellement : « on ne peut pas faire faire à Lille et à son maire un virage à 180 degrés sur sa position contre le mercredi ».

Dans quelle république vivons-nous où, pour arriver à leurs fins, les gouvernants et leurs amis modifient les lois et les décrets en fonction de leurs intérêts personnels ou particuliers ? !

Démocrate républicain, humaniste, je ne peux pas me résoudre à voir ce pouvoir législatif et réglementaire détourné au profit d’intérêts particuliers et, en tout cas, pas au profit de l’intérêt des enfants que vous invoquez pourtant constamment.

Ce décret a été pris pour Lille et même pas pour l’agglomération lilloise, tant les intérêts de ceux qui vous accompagnent sont différents, divergents et contradictoires. Ce décret mérite d’être largement contesté, il sera combattu pour excès de pouvoir.

Où est l’intérêt des enfants dans tout cela ?

Vous me direz que 15 maires vous ont rejointe dans votre demande dans un rassemblement hétéroclite d’élus. Je puis vous dire que chacun de ces maires avait des intérêts souvent étrangers à l’intérêt des enfants. Au moins à Ronchin, le Maire a avoué benoîtement que les cours du mercredi lui coûtaient plus cher que le samedi matin. À La Madeleine, comme à Marcq – mais déjà leur position a varié –, on vous a rejointe parce qu’on attend les élections pour voir. À Hem – autre raison –, les cours le samedi permettent le maintien des centres de loisirs du mercredi où viennent les enfants des écoles privées.

Il n’y a guère qu’à Hellemmes que la raison l’a emporté. Sur ce sujet au moins, les deux Communes associées à Lille font cavalier seul sur les rythmes scolaires.

À ce niveau de la présentation de notre vœu, je voudrais rendre un hommage appuyé à l’action du collectif des parents d’élèves. Même si les parents n’obtiennent pas satisfaction, ils ont remporté une immense victoire, ils ont libéré à Lille la parole des conseils d’école. Ces conseils se sont affranchis de la tutelle à la fois de votre municipalité et de leur hiérarchie. Combien d’enseignants sont venus leur dire merci de leur avoir redonné la parole. D’ailleurs, leur syndicat majoritaire a décidé de les consulter pour qu’ils confirment leur souhait d’un retour des cours le mercredi.

À ces parents que, au début, vous regardiez avec condescendance comme étant des bourgeois nantis défendant leur week-end au Touquet, à ces parents dont vous contestiez un peu rapidement la représentativité, à ces parents auxquels vous rappeliez que l’Éducation Nationale vous soutenait – qui en aurait d’ailleurs douté ? –, à ces parents auxquels vous cachiez et vous cachez d’ailleurs toujours les vrais chiffres de l’absentéisme du samedi matin dans les écoles lilloises, la grève massive des parents d’élèves samedi dernier a donné magnifiquement raison ! Leur force et leur détermination ont eu raison des conseils d’une ex-spécialiste des temps de l’enfant, aujourd’hui très largement contestée par ses pairs, de l’aide d’une association de parents d’élèves très liée à un parti politique et de la pression locale institutionnelle.

Le vrai risque que vous nous faites courir maintenant avec votre entêtement, c’est le retour à la semaine des quatre jours.

Notre vœu aujourd’hui, en vous demandant de donner raison aux parents majoritairement favorables au retour des cours le mercredi, est aussi la reconnaissance du juste combat des parents d’élèves pour l’intérêt ultime des enfants, le seul qui doit guider notre action politique. Mais c’est aussi et surtout le vœu d’une véritable démocratie citoyenne à Lille, dont vous vous vantez partout et qui évoque de plus en plus l’Arlésienne de Bizet !

Alors que chaque jour qui passe nous apporte la preuve de votre refus du dialogue, de votre déni de la réalité, de votre absence d’écoute, vous alimentez le mécontentement général de nos concitoyens lillois !

Je vous demande aujourd’hui avec solennité de respecter scrupuleusement la démocratie, de respecter scrupuleusement le verdict de la démocratie comme l’a si bien dit, certes dans un autre cadre et pour un autre sujet, un candidat à la Présidence de la République que vous soutenez d’ailleurs !

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